"Du souffle au toucher : une nouvelle approche de l'alcoolémie" par Jaime ALONSO (promo 2021)
De Cuba à SupOptique, puis à la création d’Ethylowheel
Je suis né à Cuba, où j’ai grandi dans un environnement exigeant sur le plan scientifique, mais avec peu de moyens.
Quelques années plus tard, je me retrouve à SupOptique, puis à créer une startup deep-tech avec une idée simple : mettre la technologie au service de l’humain.
Très tôt, j’ai aimé les mathématiques et la physique. J’ai intégré une école scientifique au lycée, participé à des concours de connaissance, et assez naturellement je me suis projeté dans une carrière scientifique.
À 19 ans, je décide de venir en France. J’ai dû apprendre le français en un an, puis j’ai intégré une classe préparatoire à Avignon.
À la fin de la prépa, je manque l’École Polytechnique pour une place. Sur le moment, c’est dur à encaisser. Avec du recul, c’est probablement l’un des meilleurs “échecs” de mon parcours, puisque j’intègre ensuite l’Institut d’Optique.
Le déclic : sortir du cadre de la recherche
En première année à SupOptique, je fais mon stage à l’Observatoire de Paris, au SYRTE.
C’est un environnement que j’aimais vraiment. Mais c’est aussi là que je réalise quelque chose d’important : je ne me vois pas faire ça toute ma vie.
Pas par manque d’intérêt, mais parce que j’ai besoin d’un rythme plus rapide, plus concret, avec un lien direct entre ce que je fais et son impact.
Je décide alors de candidater à la Filière Innovation Entrepreneuriale (FIE) de l'IOGS, un peu à la dernière minute, avec une idée simple : créer une boîte !
La naissance d’Ethylowheel
Le projet démarre en 2019 dans ce cadre-là.
On part d’un constat assez évident : l’alcool au volant reste un problème majeur, et surtout, les gens ne se testent pas au bon moment. Les éthylotests existent, mais dans les faits, ils sont très peu utilisés.
Avec Julie Bruguière, qui me rejoint en 2020, on structure vraiment le projet. Elle a un profil complémentaire du mien, avec une expertise en biologie et en chimie appliquée, notamment sur le développement d’actifs. Son arrivée permet de valider la faisabilité du dispositif côté physiologique.

On commence alors à explorer une idée un peu différente : mesurer l’alcoolémie autrement.
L’idée peut sembler simple sur le papier, mais en pratique, elle est assez brutale : détecter l’alcool via la peau, en quelques secondes, dans un objet compact.
Deux ans à bricoler, tester, comprendre
Le projet prend vraiment forme pendant le Covid.
Les stages de 2A sautent, et au lieu de subir la situation, je passe quasiment tout l’été à fond sur le prototypage et les tests. On teste, on se trompe, on recommence.
Les tout premiers prototypes ont été faits au bâtiment 503, à SupOptique. Les premiers tests aussi. C’était encore très artisanal, mais c’est là que tout a commencé.
Pendant ma deuxième année à l’IOGS, alors que j’étais en TP, je reçois une proposition assez inattendue : un contrat avec la Délégation à la Sécurité routière, pour un montant de 435 000 €, pour financer notre R&D.
Là, je comprends que le projet dépasse le stade “projet étudiant”.
Passer de la techno au produit
Créer une techno, c’est une chose. En faire un produit en est une autre.
On passe par IncubAlliance, incubateur deeptech du Plateau Saclay, puis le Design Spot. Clairement, on arrive avec des prototypes assez “bruts”, et petit à petit ça devient un objet.
On apprend tout : industrialisation, UX, positionnement, pricing… rien n’était acquis au départ.
L’idée reste la même depuis le début : créer un réflexe simple, au moment où tu prends tes clés.
Pas remplacer les dispositifs légaux, mais enlever le doute.
Le lancement : validation marché
En janvier 2026, on lance EthyloKey sur Kickstarter, juste avant notre passage dans "Qui veut être mon associé ? " sur M6.

Le projet est financé en moins d’une heure.
Au total, plus de 2 000 unités sont précommandées dans 65 pays en un mois, confirmant une traction immédiate et internationale.
Ce qui est intéressant, ce n’est pas juste le volume, c’est la répartition : beaucoup d’international, notamment les États-Unis.
Ça valide un point important : le problème est global.
Le vrai défi
Aujourd’hui, le vrai défi, c’est le passage à l’échelle.
Passer d’une dizaine de prototypes à plusieurs milliers de pièces à industrialiser, ce n’est pas une simple multiplication. Tout change : les contraintes industrielles, la gestion des fournisseurs, la qualité, les coûts, les délais.
Chaque détail compte. Un choix de composants, un tolérancement mécanique, une variation de capteur… tout peut avoir un impact à grande échelle.
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En parallèle, il faut structurer l’entreprise, construire une équipe, et continuer à améliorer la technologie.
Créer une startup deep-tech, c’est faire tout ça en même temps, souvent avec des ressources limitées.
Mais quelque part, ça ne me dérange pas trop. Je viens d’un environnement où on apprend vite à faire avec peu.
Ce que SupOptique m’a apporté
Au-delà des compétences techniques, SupOptique m’a appris une chose essentielle : savoir attaquer un problème sans avoir la solution.
Et surtout, ne pas être bloqué par ça.
La FIE a été déterminante pour moi. Sans ça, je serais probablement resté dans un parcours beaucoup plus classique.
Un mot pour les étudiants
Il n’y a pas de trajectoire parfaite.
On peut rater une école pour une place, changer de pays, changer de direction… et au final construire quelque chose qui nous correspond mieux.
Le plus important, ce n’est pas d’avoir tout prévu.
C’est de tester, de s’engager, et d’accepter de ne pas tout maîtriser.
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